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Nutrition et maladies neurodégénératives : quels enjeux ?

Publié le : 20/07/23
Temps de lecture : 5 min
  • En 2019, parmi les 730 000 résidents d’établissements d’hébergements pour personnes âgées, 261 000 étaient atteints de maladies neurodégénératives, soit 35% de la population des EHPAD français.

    Les principales maladies concernées1 : 

    • La maladie d’Alzheimer : pathologie neurodégénérative la plus courante, conséquence de dysfonctionnement cérébraux. Elle se caractérise par des troubles de la mémoire, de la pensée et du comportement2.  
    • La maladie de Parkinson : caractérisée par la dégénérescence des neurones à dopamine, impliqués dans le contrôle des mouvements. La maladie de Parkinson connaît trois symptômes majeurs : lenteur dans les mouvements, rigidité, tremblements au repos3
    • La sclérose en plaques : liée à un dysfonctionnement du système immunitaire qui entraîne des lésions provoquant des perturbations motrices, cognitives ou encore sensitives4.

    Les liens entre nutrition et maladies neurodégénératives

          Alimentation, nutrition et maladies neurodégénératives sont étroitement liées. En témoigne le nombre croissant d’études portant sur ces interactions, dont voici les principaux résultats : 

    Stress oxydatif et maladies neurodégénératives

    divers aliments contenant des fibresLe stress oxydatif se caractérise par la surexposition des cellules à des molécules appelées « radicaux libres », qui attaquent les cellules et peuvent en altérer le fonctionnement. La production de radicaux libres par l’organisme est notamment causée par le tabac, la prise de médicaments, la pollution ou une alimentation déséquilibrée.

    Cependant, ces molécules sont naturellement détruites par d’autres molécules appelées « anti-oxydants ». Ces anti-oxydants sont naturellement présents dans certains aliments, principalement des fruits et légumes. C’est pourquoi, tout au long de la vie, une alimentation équilibrée riche en fruits et légumes suffit à protéger les cellules du stress oxydatif.

    Avec l’âge, le déséquilibre de la balance entre radicaux libres et anti-oxydants (en faveur des radicaux libres) progresse : l’exposition au stress oxydatif est donc plus fréquente. Les cellules cérébrales étant très sensibles au stress oxydatif, il peut alors être à l’origine de maladies neurodégénératives5.

    Lien entre microbiote intestinal et santé cérébrale

    Le microbiote intestinal est défini par l’ensemble des micro-organismes (dont des bactéries) présents dans l’intestin. Ces micro-organismes vivent en symbiose avec le corps et participent à certaines fonctions notamment digestives et immunitaires6.

    Depuis quelques années, les travaux de recherche sur l’axe microbiote - intestin - cerveau se multiplient et mettent en lumière l’existence d’une communication hormonale, nerveuse et immunitaire entre ces trois organes.

    dessins de santéL'altération de la composition du microbiote intestinal associée à l'âge pourrait contribuer à une immunosénescence et au processus d’inflammation chronique lié au vieillissement. Ce dernier est responsable, à terme, d’une altération des fonctions cérébrales.  

    Il a notamment été démontré que le microbiote intestinal jouait un rôle crucial dans la maladie d’Alzheimer5

    Une récente étude démontre également qu’un dérèglement du microbiote pourrait être à l’origine de la maladie de Parkinson. En effet, les patients touchés par cette maladie souffrent d’un déséquilibre généralisé du microbiote intestinal. Ce déséquilibre serait ainsi à l’origine d’une cascade de dysfonctionnements (surabondance d’agents pathogènes, de substances toxiques, état inflammatoire…) qui induisent une vulnérabilité aux maladies dégénératives telles que la maladie de Parkinson7

    Retrouvez dans la dernière partie de cet article des exemples d’aliments pour prendre soin du microbiote intestinal de vos résidents.

    Comment les maladies neurodégénératives impactent-elles l’alimentation8 ?

    Conséquences des maladies neurodégénératives, certains symptômes peuvent perturber l’alimentation des personnes concernées : 

    • La désorientation et les troubles du comportement : les résidents atteints de maladies neurodégénératives ont de plus en plus de difficultés à se concentrer lors des repas. Leur capacité à distinguer les aliments qu’ils apprécient ou non diminue, tout comme leur aptitude à se servir des couverts, etc. 
    •  La perte de l’appétit et l’altération du goût : on observe chez les malades un désintérêt fréquent pour l’alimentation et une démotivation à se nourrir. Certains présentent également une altération du goût qui accentue cette démotivation. 
    • Troubles moteurs et dysphagie : symptômes fréquents de plusieurs pathologies, des troubles liés à la déglutition peuvent apparaitre. L’alimentation devient alors contraignante, ce qui peut conduire à un blocage. 
    • Troubles du comportement alimentaire et de la communication : dans certains cas, le malade est dans l’impossibilité d’exprimer ses besoins, ses envies et son ressenti. L’accompagnement peut alors s’avérer complexe, notamment autour de l’alimentation.

    L’ensemble de ces troubles alimentent le cercle vicieux de la dénutrition et entretiennent la fragilité des malades. 

    Comment concilier nutrition et maladies neurodégénératives3 ?

    L’environnement : un élément clé pour la réussite d’un repas

    légumes et fruits diversLa mise en place d’un environnement agréable est essentielle pour favoriser une bonne alimentation. Le repas doit donc être pris dans un espace dédié, à l’atmosphère rassurante. Il est recommandé de plutôt privilégier les couleurs chaudes, pastels pour la décoration de la salle de restauration. L’utilisation d’assiettes aux rebords colorés peut également être intéressant car, en plus d’apporter une touche de couleur, permet d’en visualiser les limites. Finalement, instaurer une ambiance « comme au restaurant » peut aider les résidents à s’impliquer dans le repas.  

    Les sources de distractions sont à retirer lors du repas, afin que l’attention des résidents soit focalisée sur l’alimentation. Radio, télévision, décorations surchargées etc. sont donc à éviter. 

    L’aspect social de ce moment est en revanche important : les échanges entre résidents contribuent à l’instauration d’une ambiance conviviale et chaleureuse. Un plan de table bien construit, en fonction des affinités, y participe également. 

    Pour susciter l’envie de manger, une attention toute particulière doit également être portée au dressage de la table et des assiettes.  

    Les menus : trouver le bon équilibre entre plaisir et besoins nutritionnels

    Comme évoqué précédemment, certains nutriments sont particulièrement intéressants dans la prévention et la prise en charge des maladies neurodégénératives :  

    • Nutriments antioxydants pour limiter le stress oxydatif : certaines vitamines comme les vitamines C et E, certains oligo-éléments comme le zinc, le manganèse ou le sélénium ou encore les polyphénols, caroténoïdes et flavonoïdes9.
      Différents aliments possèdent un fort pouvoir anti-oxydant comme10 :  
      • Des fruits et légumes : pomme granny Smith avec sa peau, pruneaux, poire, chou rouge, betterave, asperge, brocolis 
      • Des oléagineux : amandes, noisettes, noix de pécan, pistaches…  
      • Des épices : cannelle, clou de girofle, origan, cumin
    • Fibres favorisant l’équilibre et la santé du microbiote intestinal : afin de prendre soin du microbiote intestinal, il est essentiel que l’alimentation soit variée, équilibrée et riche en fibres alimentaires11. En effet, elles sont la principale nourriture du microbiote intestinal. De plus, des études s’accordent à dire que plus l’alimentation est variée, meilleure est la diversité du microbiote intestinal. C’est cette diversité qui reflète la bonne santé du microbiote, et un microbiote en bonne santé peut mener à bien toutes ces missions12.

    Si la prise en charge et la couverture des besoins nutritionnels sont importantes, le plaisir ne doit cependant pas être laissé de côté. D’où l’intérêt de préparer des plats appétissants, qui auront du sens et rappelleront de bons souvenirs aux résidents. Favoriser des produits appréciés (fromage, fruits et légumes frais…) ainsi que des plats qui rappellent la vie comme à la maison peuvent être des solutions pour faire retrouver aux résidents le plaisir de manger. 

    Selon l’appétit, les besoins et les envies des résidents, des collations peuvent également être proposées.  

    femme âgée souriante pour aide-soignanteBien connaître ses résidents pour une meilleure prise en charge

    Bien connaitre ses résidents permet de proposer des plats qui donnent à chacun envie de bien s’alimenter. Lorsque les résidents ne sont pas en mesure d’exprimer leurs goûts et préférences, ce qui est courant dans le cadre de pathologies neurodégénératives, les aidants (famille, entourage) peuvent être consultés, même si parfois les goûts peuvent évoluer. 

    Si nécessaire, il est également envisageable de proposer des menus adaptés à certains résidents pour les pousser à mieux s’alimenter.  

     

    Service de Restauration

    En savoir plus

     

      1. Fondation pour la Recherche Médicale, Maladies neurodégénératives, 2023
      2. Alz.org, La maladie d’Alzheimer et la démence en France.  
      3. France Parkinson, LA MALADIE - Parkinson diffère d'un malade à un autre 
      4. INSERM, Sclérose en plaques (SEP), 2020.
      5. Roussel A.M, Ferry M., Stress oxydant et vieillissement, Nutrition clinique et Métabolisme, 2002
      6. INSERM, Microbiote intestinal (flore intestinale), 2021 
      7. Wallen Z.D & al. Metagenomics of Parkinson’s disease implicates the gut microbiome in multiple disease mechanisms, Nature communications, November 2022.
      8. Recueil EHPAD
      9. Pastre J. Int2rêt de la supplémentation en antioxydants dans l’alimentation des carnivores domestiques, THESE, 2005.  
      10. USDA Database for the Oxygen Radical Absorbance Capacity (ORAC) of selected Foods
      11. Microbiome foundation, Soigner son microbiote
      12. Congmei X. & al. Associations of dietary diversity with the gut microbiome, fecal metabolites, and host metabolism: results from 2 prospective Chinese cohorts, The American Journal of Clinical Nutrition, Volume 116, Issue 4, October 2022, Pages 1049–1058